visite guidée par Victorien Leman, historien-chercheur

Les visites théâtralisées : le renouveau de la médiation culturelle

Depuis près de 10 ans, les visites théâtralisées et immersives connaissent un essor florissant, synonyme d’une nouvelle ère pour la médiation culturelle. En effet, dans une volonté constante d’accroître l’accès à la culture, la variété des visites des monuments historiques est questionnée. Pendant longtemps, dans de nombreux lieux culturels, seuls deux choix de visite existaient : la visite libre et la visite guidée.

L’évolution du numérique a permis la proposition des audios guides et plus récemment des Histopad : une tablette interactive permettant de visualiser les pièces visitées, mise au point par des historiens du CNRS de Tours et mis en place dès 2020 dans les châteaux de la Loire. Ceci amena à l’émergence d’une question : Comment rendre l’histoire davantage vivante et accessible aux publics les moins avertis, tout en plaisant aux petits et aux grands ?

La popularité des spectacles immersifs du Puy du Fou, qui a fait connaître au grand public une nouvelle manière de raconter l’histoire, ne laisse pas indifférent le monde de la culture. Ainsi, de nouvelles formes de visites apparaissent, des visites guidées en costume, comme au logis de la Chabotterie (Vendée), jusqu’à des visites théâtralisées, aussi dites immersives.

Ces visites sont pensées comme des scénarios, aux fils des époques et des pièces. Les acteurs, en costumes font revivre aux visiteurs les événements marquants de la vie du monument et de ses propriétaires. Que ce soit dans des châteaux comme Thoiry ou Gizeux, dans des édifices religieux telle que l’abbaye de Pontlevoy ou dans les sites patrimoniaux emblématiques comme Versailles ou Vaux le Vicomte, le constat est sans appel : les visiteurs se bousculent pour y prendre part.

 » Prendre part à une visite théâtralisée est une expérience unique, hors du temps où chaque personnage de l’histoire prend vie sous nos yeux. « 

A la fin de la visite, certains visiteurs trouveront qu’ils n’ont pas eu le temps d’observer l’architecture ou d’en apprendre davantage sur les évènements historiques, ce qui est louable. Chaque public est différent, diversifier l’offre de visites permet ainsi d’attirer un public plus large.

Le Cabinet d’Études Historiques accompagne la création de visites théâtralisées suivant votre cahier des charges. Nous mettons à votre service notre expertise d’historien, d’archéologue et de médiateur culturel pour travailler ensemble à l’élaboration d’un scénario, du choix des costumes et des décors et pour la répétition des acteurs.

Découvrir l’histoire et l’évolution de mon manoir au fil des siècles

Vous êtes les heureux (futurs) propriétaires d’un manoir et vous vous interrogez sur la connaissance de votre édifice afin d’en préserver au mieux l’authenticité lors de vos travaux ?

Bravo ! Cette démarche de connaissance approfondie d’un bien patrimonial avant toute intervention est prônée par la
Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de l’UNESCO.

Pour autant, en apprendre plus sur l’histoire et l’archéologie de son manoir requiert quelques compétences.

Le Cabinet d’Études Historiques et l’UNESCO

Saviez-vous qu’il existait des liens entre le Cabinet d’Études Historiques et l’UNESCO ? On vous explique !

  1. Identification et documentation du patrimoine culturel et naturel
  2. Protection, conservation et mise en valeur du patrimoine
  3. Transmission aux générations futures dans des conditions d’authenticité et d’intégrité
  4. Coopération internationale et partage des connaissances
  5. Implication des communautés dans la sauvegarde de leur patrimoine

Les valeurs et la conduite des prestations par le Cabinet d’Études Historiques s’inscrivent pleinement dans la définition de ce patrimoine mondial.

1. Documentation rigoureuse et identification du patrimoine

Le Cabinet d’Études Historiques s’inscrit dans la démarche d’identification systématique prônée par l’UNESCO (article 11 de la Convention) :

  • Nous réalisons des diagnostics historiques et archéologiques avant intervention sur un bien patrimonial (études préalables)
  • Nous exploitons les sources documentaires et archéologiques pour établir l’histoire complète des biens
  • Nous identifions par une démarche d’inventaire des éléments remarquables et des valeurs patrimoniales (historique, architecturale, artistique, sociale)

2. Conservation basée sur la connaissance

Le Cabinet applique le principe selon lequel toute intervention doit être précédée d’une connaissance approfondie (article 5 de la Convention) :

  • À travers des études historiques de monuments, nous participons à la compréhension des différentes phases de construction et des transformations
  • Grâce aux analyses des matériaux et techniques, nous aidons les maîtres d’œuvre et d’ouvrage à respecter l’authenticité de leurs biens patrimoniaux
  • Nous proposons aussi des mesures de conservation adaptées à la valeur identifiée du bien patrimonial

3. Transmission et médiation culturelle

Le Cabinet intègre une dimension de transmission aux générations futures, cœur de la Convention (voir notamment l’article 27, qui encourage l’éducation et l’information du public concernant le patrimoine) :

  • Médiation culturelle : Valorisation des connaissances auprès des propriétaires, collectivités et du grand public
  • Publications et diffusion : Partage des résultats de recherches (actualités des recherches visibles sur le site)
  • Accompagnement des maîtres d’ouvrage : Formation et sensibilisation à la valeur patrimoniale des biens

4. Approche pluridisciplinaire et collaborative

Le Cabinet met en œuvre une méthodologie intégrée conforme aux recommandations de l’UNESCO (article 7 de la Convention) :

  • Le croisement des disciplines (histoire, archéologie, généalogie…) et des méthodes permet d’avoir une compréhension globale du patrimoine
  • Notre collaboration avec d’autres professionnels du patrimoine (architectes, conservateurs, chercheurs) permet de renforcer les synergies et l’interdisciplinarité
  • Enfin, nous avons développé une expertise spécifique du patrimoine français, et plus particulièrement dans l’Ouest, reconnaissant la valeur locale et nationale dans un contexte universel

5. Respect de l’authenticité et de l’intégrité

Les études menées par le Cabinet visent à préserver les valeurs authentiques des biens :

  • L’analyse des transformations permet de distinguer les éléments d’origine et les ajouts ultérieurs
  • L’évaluation de l’intégrité amène une identification des altérations et propositions de restauration respectueuses du bien patrimonial et de son histoire
  • La contextualisation historique aboutit à la compréhension du bien dans son environnement culturel et naturel

Ces pratiques correspondent aux critères d’authenticité et d’intégrité développés par le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO pour l’évaluation des biens.

Le Cabinet d’Études Historiques incarne une démarche de terrain, qui rend opérationnel les principes de la Convention UNESCO à l’échelle locale :

  • Systématiquement, nous cherchons à appliquer les standards internationaux au patrimoine français, sous toutes ses formes, pour réfléchir du global au local.
  • Nous traduisons les exigences conventionnelles en méthodes d’étude concrètes, pour passer de la théorie à la pratique.
  • Nous veillons également à lier logique conservatoire et dynamique de mise en valeur active, et donc à associer sans opposer protection et valorisation.

Cette approche positionne le Cabinet comme un acteur de la chaîne patrimoniale qui, en amont des travaux de restauration ou de réhabilitation, garantit que les interventions respectent les valeurs identifiées et contribuent à la transmission durable du patrimoine !

Motten Morvan à Saint-Aignan (Morbihan) – Résultats de la campagne de fouilles archéologiques 2025

Depuis 2020, le Cabinet d’Études Historiques collabore avec l’association Timilin, gestionnaire du site élitaire fortifié de Motten Morvan, à Saint-Aignan, dans le Morbihan. Ce travail de recherche archéologique s’est concrétisé en 2020 par une première campagne de sondages, puis deux campagnes de fouilles archéologiques programmées, en 2021 et en 2025.

 Les données collectées au cours de la campagne 2025 permettent de confirmer l’hypothèse émise depuis 2020, à savoir deux phases d’occupation, dont une avec potentiellement deux sous-phases . Ce constat peut désormais s’appuyer sur les datations radiocarbones mais aussi sur la stratigraphie mise en évidence en 2025, beaucoup plus évocatrice que pour les campagnes 2020 et 2021.

Compilation des datations par radiocarbone obtenues depuis 2020, proposition de phasage et principaux faits historiques connus dans le secteur.

La première phase correspond à l’occupation de l’enceinte, entre la fin du VIIIe et le début du Xe siècle.

À partir des datations radiocarbone mais aussi des observations stratigraphiques réalisées dans le sondage B, on peut considérer que la seconde phase d’occupation du site comprend deux sous-phases :

-La motte (et probablement son fossé périphérique) est érigée au cours de la sous-phase 2a, entre la fin du Xe et le milieu du XIe siècle. L’enceinte est sans doute occupée à cette période, tandis qu’aucune occupation n’est attestée sur le sommet du tertre.

– Le fossé de la motte est peut-être comblé (si l’on en croit les observations stratigraphiques, cependant limitées) au cours de la sous-phase 2b, tandis que l’enceinte continue d’être occupée (XIe-XIIe siècle).

Fossé de la motte (5092), fossé secondaire (5087) et structure semi excavée associée (5107).

 La complexité du comblement du fossé de la motte dans la partie orientale de l’aire de fouille, associée à un petit fossé secondaire et à des aménagements particulier prenant la forme d’un semi dense de trous de piquets incitent à émettre l’hypothèse d’une occupation spécifique de cet espace, peut-être en lien avec un moyen de franchissement permettant d’accéder à la plateforme du tertre.

Les relevés microtopographiques réalisés en 2009 par Lucie Jeanneret mettent d’ailleurs en évidence un replat triangulaire du talus plus à l’est, en dehors de l’aire 5, qui aurait pu accueillir un tel moyen de franchissement, tout en étant bien protégé par les talus, le fossé ceinturant le site et le relief escarpé du promontoire sur lequel il est installé.

Le rapport complet est disponible ici 👉

Le château du Boistissandeau et ses occupants, du Moyen Âge à nos jours

Joyau architectural de la Renaissance au milieu de l’écrin de verdure du bocage vendéen, le château du Boistissandeau a été acquis par la Communauté de Communes du Pays des Herbiers en 2024. Soucieuse de valoriser ce patrimoine exceptionnel, la collectivité a fait appel à nos services pour en apprendre davantage sur le site et ses occupants.

Contrairement à la tradition véhiculée autour du château, l’étude documentaire a permis de montrer qu’il est peu probable qu’une résidence élitaire fortifiée au Boistissandeau ait existé avant le XVIe siècle, même si l’on ne peut définitivement écarter la possible préexistence d’une résidence seigneuriale de la fin du Moyen Âge. La documentation de cette époque est essentiellement constituée d’actes de la pratique, contenant de simples mentions du domaine du Boistissandeau (jamais d’un château) et des familles qui en sont propriétaires (Lunel, Foucher, Olivereau).

Façade sud-est du corps de logis principal du château du Boistissandeau (cliché : V. Leman / Cabinet d’Études Historiques).

Après la mort de Claude Olivereau en 1641, des suites de son duel contre le seigneur d’Ardelay, la seigneurie du Boistissandeau est administrée par sa veuve jusqu’à sa mort. La seule modification notable du château, construit sous l’impulsion de René Olivereau à partir des années 1570, est l’adjonction d’une chapelle dans les années 1650. En l’absence de descendance du couple, la seigneurie et son château sont cédés par testament à Jean Baptiste d’Hillerin mais, celui-ci, occupé par ses fonctions administratives qui le retiennent entre Paris et Rennes, semble peu présent au Boistissandeau, qui est en réalité administré par son « espouse procuratrice », jusqu’à sa mort en 1732. Pendant ainsi environ 90 ans, le Boistissandeau fut d’abord et avant tout une seigneurie et un château administrés par des femmes. Avec la succession au profit de Jean Baptiste Laurent d’Hillerin, le château devient celui d’un noble scientifique, intéressé par les mathématiques, la climatologie et l’horlogerie. Les sources manquent pour décrire avec certitude les améliorations apportées dans le courant du XVIIIe siècle, mais la comparaison entre l’inventaire après décès de 1732 et la documentation de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle permet de s’en faire une bonne idée. Jean Baptiste Laurent d’Hillerin et son fils, Louis François, aurait ainsi contribué à l’extension des ailes de commun bordant la cour d’honneur, mais aussi à l’insertion du château dans un vaste traitement paysager s’appuyant sur quelques éléments préexistants (avenue, Grand Jardin), ainsi qu’à une reprise conséquente de la « Borderie de la Porte » pour y installer une orangerie.

Indication de la microtoponymie des parcelles environnants le château du Boistissandeau au début du XIXe siècle (fond de carte : AD85, 3 P 7/7 ; DAO : V. Leman / Cabinet d’Études Historiques).

Avec le passage entre les mains des Bourbon puis des Le Bault de la Morinière au XIXe-début du XXe siècle, le site n’évolue pas dans son organisation générale. Cette période relativement récente est, paradoxalement, l’une des moins bien documentée, mais il semblerait que les modifications apportées soient minimes et ne concernent que les intérieurs et, peut-être, les jardins. Soulignons aussi qu’après une petite éclipse, la vie du château est à nouveau marquée par la présence déterminante des dames : qu’il s’agisse du tristement célèbre massacre de 1794 ou de Madame veuve Comtesse Le Bault de La Morinière, leur action a profondément marqué l’histoire et le devenir du site.

Lorsqu’ils arrivent au Boistissandeau en 1941, les Frères de Saint-Gabriel doivent ainsi adapter à la vie communautaire un édifice qui n’a ni sanitaire, ni eau courante, ni électricité. Des modifications d’ampleur sont alors entreprises dans le corps de logis et la majeure partie des ailes des communs est détruite et reconstruite à neuf. La chapelle du XVIIe siècle, déjà rénovée au XIXe siècle, est également agrandie.

La relative fortune des propriétaires du Boistissandeau au cours du temps est sans doute représentative de la moyenne noblesse de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne. Outre des charges plus ou moins importantes dans l’administration royale, et des fonctions électives ou préfectorales à partir du XIXe siècle, les familles ayant occupées le Boistissandeau comptent surtout sur leurs revenus fonciers et sur des alliances matrimoniales avantageuses et solidement dotées, pour s’assurer les moyens de leur subsistance, d’une part, et effectuer les transformations apportées au château du Boistissandeau au cours du temps, d’autre part.

Mécénat 2025 : le château de Roquefixade (Ariège)

Dans le cadre de l’extension du périmètre Unesco du château cathare de Montségur, nous avons travaillé aux côtés de la commune de Roquefixade, où se trouve également un superbe château perché, et du Groupe de Recherches Archéologiques de Montségur et de ses environs dans le cadre d’une convention de #mécénat de compétences.

La commune a ainsi pu bénéficier d’un important travail de transcription et de traduction de documents anciens concernant la garnison de Roquefixade et les actions à l’encontre des Cathares de ce secteur. Une occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire des lieux, de la valoriser dans le dossier UNESCO… et, pour nous, de se faire plaisir avec un dossier passionnant.

Nous réalisons régulièrement des conventions de mécénat avec des associations, afin d’assurer une diffusion de la recherche et des savoirs historiques et archéologiques la plus large possible.

👷Nos conditions :

-un sujet historique ou archéologique passionnant ;

-un sujet qui s’inscrit dans une démarche à l’échelle locale ;

-l’action de mécénat ne doit pas dépasser 2000 €.

👉Vous êtes une association ? Vous avez un sujet à traiter ? Vous pensez remplir ces conditions ? Contactez-nous ! Les candidatures pour l’action de mécénat 2026 sont ouvertes.

#histoire #archeologie #patrimoine #paléographie

[Photographie : le château e Roquefixade, Ariège ; Licence Wiki Média Commons]

Le Cabinet d’Études Historiques fête ses 10 ans !

Il y a 10 ans, le 1er avril 2015 [ce n’est pas une blague 😉 ], je créai le Cabinet d’Études Historiques, à l’époque « Victorien Leman, historien libéral ».

De la microentreprise à la profession libérale

À l’origine en microentreprise, avec 4 demandes de recherches documentaires en poche, l’objectif était surtout de pouvoir financer la fin de mes travaux de thèse en Histoire et Civilisations Médiévales, finalement soutenue en décembre 2017. Mais l’aventure ne s’est pas arrêtée là.

Les années se sont enchaînées, les contrats aussi. Ce qui ne devait être qu’une microentreprise temporaire est devenue une structure pérenne et un vrai chemin de vie.

La diversification des activités et des compétences

À l’origine cantonnés à des recherches documentaires pour des services archéologiques et universitaires, nous travaillons aujourd’hui au quotidien avec les Monuments Historiques, des collectivités de toute taille, des cabinets d’avocats, des particuliers mordus de patrimoine… sur des dossiers aussi divers que passionnant, partout en France.

10 ans : une étape

Le Cabinet d’Études Historiques a encore un bel avenir devant lui et des projets qui devraient voir le jour en 2025 et 2026 (mais gardons encore un peu de suspense à ce sujet 😉 ).

Je tiens enfin à remercier toutes les personnes qui ont cru en moi et qui ont, d’une manière ou d’une autre accompagné ce projet de vie.

La paléographie latine : une compétence incontournable

À cela s’ajoute également la nécessité de pouvoir déchiffrer les écritures anciennes : c’est ce que l’on appelle la paléographie.

L’utilisation de la machine à écrire, puis de l’ordinateur, nous a fait oublié qu’autrefois c’était à la plume qu’étaient écrits la plupart des documents. Outre les spécificités de l’écriture de chaque scribe (le ductus), un grand nombre d’abréviations a été mis en place pour que les rédacteurs puissent gagner du temps (et s’épargner au passage de trop vives douleurs au bras et à l’épaule !).

La rédaction de manuscrits en latin amène ainsi des abréviations qui diffèrent de celles de l’ancien français. Les reconnaître n’est pas chose aisée et requiert une bonne maîtrise de la langue latine. Et c’est sans compter sur les erreurs que commettent régulièrement les scribes eux-mêmes, plus ou moins habiles en latin.

Le manoir de Kerboutier, à Noyal-Pontivy (Morbihan)

Le manoir de Kerboutier, aujourd’hui sur le territoire communal de Noyal-Pontivy, dans le Morbihan, est érigé au sommet d’une légère éminence topographique dominant d’une cinquantaine de mètres la confluence de deux petits cours : le ruisseau de Belle-Chère, à l’ouest, et le ruisseau du Guern, au sud. L’examen de la cartographie montre que celui-ci s’installe sans doute le long de l’axe Pontivy-Josselin qui est vraisemblablement ancien. Par ailleurs, le manoir s’insère dans un contexte archéologique très riche, de la Protohistoire au Moyen Âge, avec pas moins de 21 sites archéologiques recensés dans un rayon de 2 km autour de l’édifice.

Relevé des Unités Construites de la façade principale à partir de l’orthophotographie (clichés, traitement et DAO : Cabinet d’Études Historiques, 2023).

Les observations archéologiques du bâti menées à Kerboutier nous amènent à envisager un phasage du site en 3 temps, dont la datation est parfois difficile à préciser :

  • Phase 1 : antérieure à la seconde moitié du XVe siècle. Cette phase se perçoit essentiellement dans les parties basses et dans les deux tiers orientaux du corps de logis principal. Ces éléments doivent correspondre à un premier état du corps de logis. Le style des piédroits des cheminées ainsi que l’orientation est-ouest évoque cependant une datation probable dans la seconde moitié du XIVe ou au début du XVe siècle. Dans cette première phase, la tour d’escalier desservant le(s) étage(s) du corps de logis se trouve sur la façade sud.
  • Phase 2 : il s’agit de la principale phase de reconstruction du corps de logis principal. Elle concerne l’ensemble du premier étage, mais aussi l’extension probable du corps de logis vers l’ouest. La tour d’escalier sud est supprimée, au profit d’une nouvelle tour d’escalier, plus imposante, désormais appuyée sur la façade nord.
  • Phase 3 : cette phase regroupe les travaux de réfections postérieurs à la phase principale. Ceux-ci sont souvent difficilement datables en dehors de leur datation stratigraphique relative. Certains linteaux de porte et le millésime 1628 présent sur la façade de la dépendance orientale laissent entendre qu’il y a eu des travaux au XVIIe siècle. Cela a notamment pu concerner la partie haute de la tour d’escalier pour laquelle nous avons pu mettre en évidence un changement de mise en œuvre et la présence d’œil-de-bœuf dans les parties hautes. Toutefois, il demeure difficile de clairement distinguer les possibles reprises du XVIIe de celle du XIXe voire du XXe siècle. Les témoignages oraux, notamment, plaident en faveur d’une installation très récente de plusieurs fenêtres sur la façade sud du corps de logis.
Relevé microtopographique des abords du manoir (relevé et DAO : Cabinet d’Études Historiques, 2023).

L’existence d’une plateforme fossoyée orientée nord-sud, située immédiatement au nord de la cour manoriale, ainsi que la détection, par prospection aérienne, d’anciens fossés curvilignes par la prospection aérienne, pose la question de l’existence d’un manoir antérieur aux états des phases 1 et 2.

L’église Saint-Sindulphe d’Hautvillers (Marne), du XIe au XXIe siècle

De Mars à Juin 2023 nous avons effectué une étude historique et archéologique du bâti de l’église Saint-Sindulphe dans le département de la Marne.

À la demande de la Communauté de Commune de la Grande Vallée de la Marne, cette étude a été menée dans le cadre d’un marché de Maîtrise d’œuvre des compléments de diagnostic et de la restauration de l’église Saint-Sindulphe d’Hautvillers.

Documentation écrite, couverture photogrammétriques et étude de terrain

La première phase de l’étude a consisté en un repérage de la documentation d’archives disponible dans les fonds des Archives Nationales et départementales, de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine et les DRAC du Grand-ouest. Ce temps de recherche a permis de réunir de nombreux documents inédits, d’ouvrages et d’articles de revues comprenant des informations susceptibles d’éclairer le phasage de l’église.

Puis une phase d’opération de couverture photogrammétrique par drone et par scanner, réalisée par l’entreprise Drone Inove, a permis d’acquérir des orthophotographies intérieures et extérieures de l’édifice.

Enfin, nous avons poursuivi avec des observations in situ et un inventaire photographique du bâti en élévation.

Nous avons ainsi pu traiter l’ensemble des sources écrites et l’ensemble des données collectées pour proposer un phasage cohérent des élévations de l’église Saint-Sindulphe et de son clocher et de mettre en évidence également des épisodes de destruction et de pillages dont les moines furent victimes au fil du temps.

Un phasage en 7 temps

  • Les vestiges archéologiques les plus anciens découverts dans le cloître pourraient correspondre au XIe siècle ; c’est probablement également le cas pour la partie basse de la façade occidentale de l’église. Aucune trace antérieure n’ayant pu être observée, le monastère du VIIe siècle demeure, pour le moment, introuvable.
  • La reprise de la façade occidentale aurait eu lieu entre la seconde moitié du XIIe et le premier quart du XIIIe siècle. C’est une période qui semble présenter des enjeux importants : l’abbaye regagne en vigueur et en prospérité, nous retrouvons ainsi plusieurs actes de donations de biens divers passés par l’aristocratie locale et, notamment, les comtes de Champagne.
  • La partie médiane des côtales de la nef, la partie inférieure du clocher et la moitié occidentale de l’intérieur de la nef nous emmènent dans la seconde moitié du XVe siècle et le premier quart du XVIe siècle.
  • Les années 1644 – 1730 sont une période de profond remaniements de l’ensemble de l’espace, mais aussi du couvent. L’église est agrandie et un nouveau chevet est construit. Les stalles et l’autel Sainte-Hélène sont installés. Le cloître est reconstruit, le clocher est déplacé et exhaussé, puis on installe l’orgue et sa tribune. C’est aussi lors de cette période que le pignon de la façade occidentale est repris, ainsi que la charpente.
  •  Vers 1791-1816, l’église est transformée en paroissiale. C’est à ce moment-là que l’on modifie la circulation en bouchant le portail occidental et globalement, toutes les baies permettant de faire communiquer l’église et l’abbaye. Au cours de cette phase seront aussi installés les premiers tirants en fer pour maintenir les gouttereaux de la nef.
  • Des années 1840 à 1880 des travaux d’entretiens et de restauration seront effectués sur la charpente du clocher, la cloche et au sein du plafond de la nef.
  • La dernière phase, la période contemporaine, débute dans les années 1950. Depuis lors, l’église et l’abbaye font l’objet des plus grandes attentions en termes de conservation et de restauration.

Actuellement, l’église se présente à nous dans son état du début du XVIIIe siècle, à l’exception des couvertures et de quelques ouvertures et détails architecturaux.