Historien & archéologue : entre synergie et complémentarité

Nous avons eu la chance de travailler sur le siège du camp de Beugy, un campement médiéval, en vue d’accompagner les fouilles archéologiques.
Le métier d’historien est fantastique car il permet de plonger dans l’histoire à la recherche de ses secrets…il se trouve que le camp de Beugy ne nous a pas déçus…

Découvrons les mystères du Camp de Beugy !

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Le site du « Camp de la Motte », appelé aussi « Camp de Beugy » ou « Camp des Anglais», serait une fortification construite par Guillaume le Conquérant lors du siège du château  de Sainte-Suzanne au début des années 1080.

Depuis 2010, un groupe de travail s’est constitué et une étude complète de ce site s’est engagée.
Dans le cadre des recherches, les archéologues retrouvaient des formes ovales taillées dans les rochers. Le camp de Beugy ayant été un campement de siège du Moyen Âge, nous nous attendions à des tentes mais, des recherches iconographiques ont été réalisées.
Celles-ci nous ont permis de faire une découverte majeure. En mettant en parallèle plusieurs documents, il s’est avéré qu’il n’y avait pas assez de tentes pour les soldats, et  qu’ils se fabriquaient eux-même des cabanes en branchages. Les formes ovales étaient donc l’emprise de la cabane au sol !

Il y a peu de fouilles archéologiques sur les campements de sièges médiévaux, ces recherches ont constitué une opportunité exceptionnelle pour découvrir ces éléments historiques au cœur de la vie d’un campement du Moyen Âge.

Les recherches réalisées par l’historien sont venues enrichir le travail de terrain des archéologues.

Les travaux des archéologues et des historiens sont éminemment complémentaires : les premiers font l’étude sur le terrain,tandis que les seconds nourrissent et éclairent ce travail.

Le narthex roman de l’église Saint-Sauveur de Mareuil-sur-Lay-Dissais (Vendée)

Nous avons été contactés par le cabinet Antak et Monsieur Jean-Pierre Leconte, architectes du Patrimoine, afin de réaliser une expertise monumentale de l’église Saint-Sauveur de Mareuil-sur-Lay-Dissais, dans le cadre d’un projet de restauration de l’édifice. Après concertation, il a été convenu que l’expertise porterait plus précisément sur le narthex de l’église, dont la complexité requérait une analyse du bâti spécifique.

L’intervention avait été initialement prévue le 18 mars 2020, en concertation avec le cabinet Antak et la commune de Mareuil-sur-Lay-Dissais, mais, compte tenu des mesures de confinement liées à l’épidémie de COVID-19, notre intervention in situ n’a pu avoir lieu que le lundi 11 mai 2020. Tous les gestes barrières préconisés dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de COVID-19 ont été scrupuleusement respectés ainsi que toutes les précautions nécessaires pour réaliser cette intervention dès le premier jour de confinement (port du masque, lavage régulier des mains au gel hydro-alcoolique, distanciation avec les interlocuteurs). Nous nous étions accordés au préalable avec le cabinet Antak afin de nous assurer l’absence de co-activité lors de notre intervention.

L’église Saint-Sauveur de Mareuil-sur-Lay s’avère être un édifice particulièrement complexe. Traditionnellement, les éléments les plus anciens de la construction sont attribués aux XIe-XIIe siècles. L’église semble avoir connu plusieurs phases de restauration, notamment entre le XVe et le XVIIe siècles. Le bâtiment est incendié lors de la Révolution, avant de connaître plusieurs campagnes de restauration au XIXe siècle. Les principales phases de restauration s’échelonnent entre 1800 et 1830, 1855 et 1858, 1877 et 1894. Des travaux sont également réalisés dans les années 1960 (narthex) et 1970 (assainissement).

Sur le plan scientifique, le bâtiment a fait l’objet de deux diagnostics archéologiques préalables aux travaux de restauration. Le premier, concernant les abords extérieurs a eu lieu en 2016 ; il a permis de mettre en évidence la présence de plusieurs sépultures et d’analyser la structuration des fondations de l’église et de son narthex. Le second a eu lieu en 2018 et avait pour objectif d’établir un diagnostic archéologique à l’intérieur de l’édifice et en particulier dans sa nef ; là encore, la fouille archéologique a mis en évidence la présence assez dense de sépultures. En parallèle, le cabinet Géraldine Fray a procédé à des sondages en recherche de polychromie sur les parois du narthex, qui se sont avérés positifs et ont permis de déceler la présence d’une litre funéraire. Hélène Gruau, spécialiste de la restauration d’œuvres sculptées, a réalisé une étude diagnostic sur les chapiteaux romans en pierre calcaire présents dans le narthex.

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Vestiges de la litre funéraire courant sur la voûte de couvrement du narthex (V. Leman, mai 2020)

Les archéologues ayant réalisé les diagnostics archéologiques avaient déjà proposé une première lecture du bâti. Il s’agissait pour nous de compléter et de préciser ces premières observations afin de vérifier l’homogénéité du narthex et sa probable construction en une seule fois.

L’étude monumentale que nous avons menée a permis de mettre en évidence que le narthex de l’église Saint-Sauveur de Mareuil-sur-Lay-Dissais présente toutes les caractéristiques d’un ensemble architectural assez homogène dans sa structure, en comparaison de la nef du bâtiment, mais dont les éléments les plus anciens sont fortement masqués par les multiples reprises et réparations de relativement faible ampleur (à l’exception de la façade occidentale) réalisées au cours des siècles. Néanmoins, les anomalies que nous avons pu mettre en évidence dans les élévations et dans la conception des corniches surmontant les arcs des faces nord et sud à l’intérieur du narthex laissent supposer une reprise du narthex dans sa partie orientale, à la jonction entre le narthex et la nef. Compte tenu de la grande similitude architecturale des éléments du narthex, on peut toutefois supposer que cette reprise a été réalisée relativement peu de temps après la construction du narthex.

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V. Leman, mai 2020

La reprise de la façade occidentale au XIXe siècle ne semble pas avoir entraîné la destruction totale de la façade antérieure : les arcs sont encore clairement harpés à la maçonnerie visible sous l’enduit du XIXe siècle. Les travaux du XIXe siècle ont donc surtout consisté dans le percement d’une porte et dans la réinterprétation de l’ornementation de la façade occidentale. Compte tenu de ces observations, sur un plan strictement archéologique, il pourrait s’avérer intéresser de déposer complètement les enduits de restauration du XIXe siècle masquant la face interne occidentale du narthex, afin de pouvoir observer d’éventuelles traces de maçonneries antérieures (porte, etc.), probablement romanes vus les liens stratigraphiques avec les arcades du narthex, et peut-être aussi pour comprendre l’organisation des accès à cet espace stratégique et son évolution au cours du temps. De la même manière, la dépose de l’enduit très grossier et datant probablement du XIXe siècle masquant la voûte de couvrement du narthex serait souhaitable pour pouvoir observer les vestiges antérieurs et comprendre l’articulation exacte entre le volume du rez-de-chaussée du narthex et la salle haute.

Il faut souligner que la présence de la litre funéraire en partie haute du narthex, ainsi que l’existence d’une salle haute avec hagioscope donnant sur le chœur évoque clairement un oratoire seigneurial. Celui-ci aurait pu être mis en place dans le courant de l’époque moderne et implique une évolution des usages dévolus au narthex. L’évolution de ces usages est d’ailleurs peut-être à mettre en corrélation avec une modification des circulations au sein de l’église au cours du temps : lors de sa construction aux XIe-XIIe siècles, le narthex assure son fonction première de lieu de passage et de transition entre l’extérieur profane et l’intérieur sacré. Par la suite, dans le courant de l’époque moderne, l’accès occidental a pu être limité, au profit d’un accès par le sud de l’église, pour ménager des circulations propres à desservir l’oratoire seigneurial installé dans la salle haute. Enfin, à partir du XIXe siècle, les restaurateurs de l’église confère à nouveau au narthex sa vocation première de lieu de passage et d’accès à la nef.

L’ensemble des observations contenues dans le présent rapport impliquent que le narthex est très probablement l’élément le plus ancien de l’église Saint-Sauveur de Mareuil-sur-Lay-Dissais. L’étude monumentale en est particulièrement complexe car, contrairement à la nef, il n’a pas fait l’objet de grandes campagnes de  reconstruction. La lecture que l’on peut en avoir est donc brouillée par de multiples travaux de réparation et d’entretien qu’il est difficile de comprendre dans le détail. Malgré tout, les observations qu’il a été possible de mener dans le cadre de la présente expertise confirment, s’il en était besoin, son caractère ancien, exceptionnel et structurant pour l’édifice dans son ensemble.

Historien, archéologue & architecte : un trio d’experts au service du Patrimoine

En tant qu’historien, je suis souvent amené à travailler main dans la main sur des projets avec des archéologues et des architectes. Notre approche est fondamentalement complémentaire.
C’est ce travail en triptyque que je souhaite mettre en avant aujourd’hui en relatant
notre travail au cœur de la chapelle de Locmaria.

 

La chapelle de Locmaria cachait un ancien prieuré !

LK-VLeman-JUIN-ART-1_Image_1J’ai été contacté par la commune de Ploemel dans le Morbihan dans le cadre d’un projet de restauration de la chapelle de Locmaria. L’étude précédait un travail archéologique et je suis intervenu en amont, ce qui m’arrive assez fréquemment.

Nous avons réalisé des recherches documentaires ainsi que des observations poussées sur les élévations existantes (le chœur a été détruit au XIXe siècle).

Notre mission était de retrouver l’histoire de l’édifice ainsi que son évolution au cours du temps.

Sur le plan historique, la découverte majeure est que la chapelle de Locmaria est d’origine priorale et rattachée à l’Ordre hospitalier du Saint-Esprit (fondé à Montpellier au XIIe siècle et possédant un hôpital très important à Auray, à quelques kilomètres de Locmaria).

Les recherches ont permis de mettre en évidence l’histoire de la chapelle de Locmaria.

Le simple aspect extérieur de la chapelle pourrait paraître anodin, mais nous avons pu découvrir que son histoire est pourtant riche, pleine de rebondissements ! Celle-ci illustre la sociabilité locale,tant laïque qu’ecclésiastique, entre la fin du Moyen Âge et le XXe siècle.

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Les recherches réalisées par l’historien sont venues enrichir le travail de terrain des archéologues.
Les travaux des archéologues et des historiens sont éminemment complémentaires : les premiers font l’étude sur le terrain,tandis que les seconds nourrissent et éclairent ce travail.

Et enfin, L’architecte a pu se servir de ces travaux pour mettre en oeuvre le projet final.

Un projet comme celui de la chapelle de Locmaria est passionnant en ce qu’il met en avant le lien entre ces trois corps de métier, et à travers celui-ci, c’est le tryptique du passé du présent et du futur qui se dessine.

COVID-19 Ce qu’il est possible de faire !

Les restrictions sanitaires et la fermeture des Archives départementales ne sont pas synonymes d’arrêt complet de nos activités, loin de là ! Découvrez les études et services que nous continuons à vous proposer en attendant la réouverture des dépôts d’archives.

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Découvrez la brochure présentant nos activités pour la période COVID-19 !

Découvrez notre nouveau service de création de blason !

Le confinement est peut-être un temps de latence pour certains, mais chez nous, c’est le moment de concevoir de nouveaux projets avec de nouveaux partenaires !

Avec le sculpteur Yann Chancerel, de Pléhédel (Côtes-d’Armor), et l’enlumineuse Panthéa (Angers, Maine-et-Loire) nous allions désormais nos compétences respectives pour créer vos blasons et armoiries et leurs supports en pierre et/ou enluminés. Lire la suite

Un chantier de fouilles archéologiques à Saint-Aignan (56) en juin 2020 !

Interview réalisée aux côtés d’Anne-Marie Fourteau (Service Régional de l’Archéologie – Bretagne) pour présenter le futur chantier de fouilles archéologiques sur la motte castrale du Corboulo (Saint-Aignan, Morbihan), qui aura lieu du 15 au 27 juin 2020.

http://www.radiobreizh.bzh/bzh/episode.php?epid=35062&fbclid=IwAR2BCfkSLPjQ0M-WdTGpcmdD3BuepBiBKTGnNLalaq-xCT8itmEshSsiQOQ

Pour les intéressés, fiche d’inscription ci-dessous et disponible sur simple demande par email :

Fiche Inscription campagne 2020

Historien & Architecte

L’alliance de l’historien et de l’architecte, c’est la création d’une synergie au service de notre beau patrimoine !

L’objectif de nos deux métiers est commun : nous valorisons un édifice au cœur d’un paysage local dans le respect de son authenticité et son intégrité.

Le projet des deux chapelles Saint-Jaoua et Saint-Jean-Balanant à Plouvien (Finistère) en est un bel exemple !

 

L’objectif était de retracer l’histoire des lieux le plus précisément possible pour orienter le projet architectural futur en tenant compte de la construction originale et en préservant l’historicité des deux chapelles.

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Il s’agit donc bien de synergie entre observations architecturales menées sur le terrain et investigation approfondie dans les fonds d’archives.

 

Comprendre les évolutions des édifices au cours du temps, analyser les transformations permet de dresser la cartographie historique et architecturale de l’édifice et c’est le travail de l’historien.

Comprendre et s’imprégner de ces données pour présenter un projet architectural authentique, c’est la mission de l’architecte.

 

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Chapelle Saint-Jean-Balanant (Plouvien, Finistère)
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Chapelle Saint-Jaoua (Plouvien, Finistère)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La recherche documentaire porte sur des actes notariés, des pièces cadastrales ou de la documentation seigneuriale et ecclésiastique. La démarche peut être longue (quelques semaines) mais elle réserve de très belles surprises.

Ainsi notre travail a permis de démontrer deux faits d’importance : la chapelle Saint-Jaoua est très probablement le fruit de plusieurs phases de construction s’étalant entre le courant du XVe et la première moitié du XVIe siècle.

Concernant la chapelle Saint-Jean-Balanant, il semble que cette dépendance de l’ordre de l’Hôpital, ait davantage été un établissement rural destiné à engranger des revenus par les prélèvements seigneuriaux, plutôt qu’un hôpital à proprement parler, comme cela avait été annoncé précédemment par certains historiens et érudits.

C’est ce souci d’exactitude qui renforce le lien entre les deux professions : aller à la source pour retrouver les informations d’origine et s’en inspirer architecturalement.

Ce travail facilite grandement la préservation de l’authenticité de la chapelle et favorise sa remise en valeur.

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L’alliance des compétences des historiens et des architectes est essentielle : c’est la mise en valeur d’un édifice historique qui est en jeu !

Abbaye Notre-Dame-de-Joye (Hennebont, Morbihan) : un travail de détective au service du patrimoine !

Dans le cadre d’un projet à l’initiative de la commune d’Hennebont, dans le Morbihan, l’abbaye Notre-Dame-de-Joye a fait l’objet d’un travail de recherche approfondi.

Nous transformant en détective, nous avons mené des recherches considérables pour percer à jour les secrets de l’histoire architecturale de l’abbaye Notre-Dame-de-Joye !

Notre travail a permis de documenter et d’expertiser le cloître et la partie septentrionale de l’ancienne abbaye Notre-Dame-de-Joye, un édifice majeur en termes de structuration territoriale, fondé en 1275 par Blanche de Champagne, épouse du duc de Bretagne.

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Comme souvent dans le cadre d’un travail de valorisation et de médiation du patrimoine, la collecte et l’analyse des données nous ont permis d’éliminer certaines incertitudes entourant l’édifice et de le faire renaître dans toute son authenticité.

Pour y parvenir, la masse d’informations qu’il a fallu traiter est considérable ! Un fonds de plusieurs milliers de documents allant du XIIIe au XVIIIe siècle est conservé aux Archives départementales du Morbihan. Ce ne sont pas moins de 69 cartons qu’il a fallu explorer !

Certaines données se sont révélées utiles, d’autres moins, mais toutes sont passionnantes pour l’historien puisqu’elles permettent de cartographier l’édifice, l’enclos monastique et de mieux cerner les périodes historiques concernées, puis de produire une synthèse chronologique et reconstituer l’histoire du monument.

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Comme pour une enquête policière, l’historien se transforme alors en détective : il lit, analyse, recherche et complète les informations dont il dispose pour découvrir et comprendre l’origine et les transformations des bâtiments.

Les découvertes faites lors de cette mission nous ont permis de reconstituer très finement l’histoire architecturale de l’abbaye depuis le XVIe siècle. De 1512 à 1735, nous avons pu dater chaque étape de transformations et de reconstruction de l’édifice.

Nous avons aussi retrouvé un cahier des sépultures des pensionnaires et domestiques ouvert en 1777 qui nous donne des orientations sur l’emplacement de sépultures dans le cloître, dans l’église et dans le nord de l’enclos monastique, dont il faudra tenir compte pour les travaux.

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En luttant contre les a peu près et les incertitudes, l’historien et l’architecte travaillent pour une même cause : la mise en valeur d’un patrimoine guidée par la vérité historique.

Pour en savoir plus : https://etudes-historiques.com/2018/01/28/labbaye-notre-dame-de-joye-a-hennebont-morbihan-700-ans-dhistoire/