Joyau architectural de la Renaissance au milieu de l’écrin de verdure du bocage vendéen, le château du Boistissandeau a été acquis par la Communauté de Communes du Pays des Herbiers en 2024. Soucieuse de valoriser ce patrimoine exceptionnel, la collectivité a fait appel à nos services pour en apprendre davantage sur le site et ses occupants.
Contrairement à la tradition véhiculée autour du château, l’étude documentaire a permis de montrer qu’il est peu probable qu’une résidence élitaire fortifiée au Boistissandeau ait existé avant le XVIe siècle, même si l’on ne peut définitivement écarter la possible préexistence d’une résidence seigneuriale de la fin du Moyen Âge. La documentation de cette époque est essentiellement constituée d’actes de la pratique, contenant de simples mentions du domaine du Boistissandeau (jamais d’un château) et des familles qui en sont propriétaires (Lunel, Foucher, Olivereau).

Après la mort de Claude Olivereau en 1641, des suites de son duel contre le seigneur d’Ardelay, la seigneurie du Boistissandeau est administrée par sa veuve jusqu’à sa mort. La seule modification notable du château, construit sous l’impulsion de René Olivereau à partir des années 1570, est l’adjonction d’une chapelle dans les années 1650. En l’absence de descendance du couple, la seigneurie et son château sont cédés par testament à Jean Baptiste d’Hillerin mais, celui-ci, occupé par ses fonctions administratives qui le retiennent entre Paris et Rennes, semble peu présent au Boistissandeau, qui est en réalité administré par son « espouse procuratrice », jusqu’à sa mort en 1732. Pendant ainsi environ 90 ans, le Boistissandeau fut d’abord et avant tout une seigneurie et un château administrés par des femmes. Avec la succession au profit de Jean Baptiste Laurent d’Hillerin, le château devient celui d’un noble scientifique, intéressé par les mathématiques, la climatologie et l’horlogerie. Les sources manquent pour décrire avec certitude les améliorations apportées dans le courant du XVIIIe siècle, mais la comparaison entre l’inventaire après décès de 1732 et la documentation de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle permet de s’en faire une bonne idée. Jean Baptiste Laurent d’Hillerin et son fils, Louis François, aurait ainsi contribué à l’extension des ailes de commun bordant la cour d’honneur, mais aussi à l’insertion du château dans un vaste traitement paysager s’appuyant sur quelques éléments préexistants (avenue, Grand Jardin), ainsi qu’à une reprise conséquente de la « Borderie de la Porte » pour y installer une orangerie.

Avec le passage entre les mains des Bourbon puis des Le Bault de la Morinière au XIXe-début du XXe siècle, le site n’évolue pas dans son organisation générale. Cette période relativement récente est, paradoxalement, l’une des moins bien documentée, mais il semblerait que les modifications apportées soient minimes et ne concernent que les intérieurs et, peut-être, les jardins. Soulignons aussi qu’après une petite éclipse, la vie du château est à nouveau marquée par la présence déterminante des dames : qu’il s’agisse du tristement célèbre massacre de 1794 ou de Madame veuve Comtesse Le Bault de La Morinière, leur action a profondément marqué l’histoire et le devenir du site.
Lorsqu’ils arrivent au Boistissandeau en 1941, les Frères de Saint-Gabriel doivent ainsi adapter à la vie communautaire un édifice qui n’a ni sanitaire, ni eau courante, ni électricité. Des modifications d’ampleur sont alors entreprises dans le corps de logis et la majeure partie des ailes des communs est détruite et reconstruite à neuf. La chapelle du XVIIe siècle, déjà rénovée au XIXe siècle, est également agrandie.
La relative fortune des propriétaires du Boistissandeau au cours du temps est sans doute représentative de la moyenne noblesse de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne. Outre des charges plus ou moins importantes dans l’administration royale, et des fonctions électives ou préfectorales à partir du XIXe siècle, les familles ayant occupées le Boistissandeau comptent surtout sur leurs revenus fonciers et sur des alliances matrimoniales avantageuses et solidement dotées, pour s’assurer les moyens de leur subsistance, d’une part, et effectuer les transformations apportées au château du Boistissandeau au cours du temps, d’autre part.
