L’abbaye Notre-Dame-de-Joye à Hennebont (Morbihan) : 700 ans d’histoire !

Nous avons été contactés à l’automne 2016 par la commune d’Hennebont, pour réaliser une étude documentaire et une expertise archéologique de l’emprise de la partie septentrionale de l’ancienne abbaye Notre-Dame-de-Joye d’Hennebont, récemment acquise par la commune à des fins de valorisation. 

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Le logis abbatial, réédifier entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle (état décembre 2017 ; photo de l’auteur).

L’abbaye Notre-Dame-de-Joye étant, depuis sa fondation au milieu du XIIIe siècle, un édifice majeur et un acteur local de la structuration et du développement territorial, a laissé un fonds documentaire conséquent, composé de 69 cartons conservés aux Archives départementales du Morbihan.
Par la masse documentaire que représente ce fonds (plusieurs milliers de documents allant du XIIIe au XVIIIe siècle), les recherches se sont focalisées sur ce dépouillement. Il faut souligner que le fonds n’a fait l’objet d’aucun classement et qu’il conviendrait donc, dans l’absolu, d’en réaliser un dépouillement complet et exhaustif pour s’assurer que toute la documentation concernant les bâtiments conventuels ait été prise en compte, ce que nous n’avons pu faire dans les délais impartis pour cette étude. Les cotes consultées montrent toutefois que les documents concernant les travaux sur les édifices sont rares et que les actes majoritairement conservés relèvent avant tout de la gestion du domaine de l’abbaye (rentiers, contrats de fermage, pêcheries et moulins, etc.).

La recherche documentaire menée montre les grandes lacunes de la documentation d’époque médiévale en ce qui concerne l’abbaye, surtout en comparaison d’autres édifices monastiques comparables du Morbihan. La perte de l’acte de fondation de l’abbaye, dès avant le XVIIe siècle, est symptomatique de ces lacunes qui apparaissent ainsi comme anciennes et ont gêné la plupart des érudits et historiens dès l’époque moderne.
Quoiqu’il en soit, la documentation conservée dans la sous-série 60 H des Archives départementales du Morbihan n’en demeure pas moins précieuse pour documenter, somme toute assez finement, l’histoire de l’abbaye depuis le XVIe siècle.
Bien que les indices concernant les travaux de reconstruction et de réparations des bâtiments soient ténus, ils ne sont pas inexistants et permettent de proposer la chronologie qui suit :

*Phase 1 :
-Vers 1512 : reconstruction/réparation de l’église et d’une partie du cloître (Dom Lobineau).
*Phase 2 :
-Vers 1605-1623 : reconstruction du logis abbatial (document d’archives).
-Vers 1643 : (re)construction/réparations de l’aile sud du logis abbatial (millésime sur une ouverture).
*Phase 3 :
-Vers 1669 : (re)construction du pavillon dit « des confesseurs » (millésime sur une ouverture).

-Vers 1693 : (re)construction des parloirs et du logis abbatial (millésime sur une ouverture).
-Entre 1707 et 1725 : modification des cheminements et changement d’accès principal.
-Entre 1725 et 1735 : réparation des édifices domestiques.
Les reconstructions que l’on observe à l’abbaye de la Joye dans la seconde moitié du XVIIe et au début du XVIIIe siècle pourraient bien participer d’un mouvement plus vaste de rénovation des édifices monastiques. En Bretagne, les abbayes de Landévennec, de Beauport et de Daoulas connaissent de fortes restructurations, mises en évidence par les données d’archives et l’archéologie, selon une chronologie similaire. Dans l’ouest, nous ne citerons que l’abbaye Sainte-Barbe-en-Auge, étudiée récemment sur les plans historiques et archéologiques, où l’on voit que l’abbaye est presque intégralement reconstruite dans le courant du XVIIIe siècle. Mais le phénomène s’observe aussi à l’échelle du royaume de France, comme à l’abbaye chef d’ordre de Grandmont, par exemple, où les résultats des fouilles archéologiques menées depuis quelques années ont permis de mettre en évidence une reconstruction complète de l’abbaye dans le courant du XVIIIe siècle.

Le cahier des sépultures des pensionnaires et domestiques ouvert en 1777 donne également quelques orientations sur l’emplacement probable de lieux de sépultures dont il faudra tenir compte pour d’éventuels travaux : il s’agit notamment du cloître, lieu d’inhumation « traditionnel », mais aussi de l’église abbatiale, pour laquelle nous avons une mention de sépulture dans la nef. Il ne faut pas non plus exclure le nord de l’enclos monastique où a pu se trouver un cimetière spécifique pour les domestiques de l’abbaye.
Il faudra, enfin, tenir compte des potentielles modifications d’importance impliquée par l’installation de l’usine sidérurgique vers 1825-1830.

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